Ce chapitre couvre l'époque lumineuse où nous nous sommes rencontrés et durant laquelle nous avons vécu un amour extraordinaire. Elle était ma personne, mon complément. Cet amour était totalement fusionnel et à nous deux nous étions la solution de cette équation :
x + x = x ≡ x + x > 2x
Deux personnes ne faisant à la fois qu'une et plus de deux.
La genèse d'un être unique dont le tout est plus grand que la somme de ses parties.
Comprenez bien : j'ai connu plusieurs femmes, tombant parfois fou amoureux, mais jamais, jamais, je n'ai éprouvé de tels sentiments et une telle sensation d'absolu. Je pense sincèrement qu'à cette époque, elle éprouvait les mêmes sentiments envers moi.
Ma thérapeute m'a expliqué qu'il s'agissait d'un phénomène d'âme double. Dans sa longue carrière, ce n'était que la seconde fois qu'elle devait aider quelqu'un comme moi, tellement ce cas est rarissime.
L'âme double : deux êtres totalement connectés par leur esprit sur plusieurs niveaux : pensée, raisonnement, émotions, conscient, inconscient ; deux êtres reliés physiquement par un lien invisible mais ô combien palpable. Deux humains capables d'apporter à l'autre exactement ce qui lui manque, de combler ses vides, d'apaiser ses doutes et ses angoisses. Deux personnes capables d'aimer l'autre de façon inconditionnelle, jusqu'à aimer ses défauts et les assumer pour lui. Chacun capable de ressentir le vide laissé par l'autre quand ils ne sont pas ensemble. Totalement dépendants l'un de l'autre, avec une telle attirance dans leur chair qu'ils ne sont bien que quand ils sont en contact. Deux êtres qui peuvent éprouver une réelle souffrance physique et psychique quand ils sont loin l'un de l'autre.
Mais, comme disait Serge, « Mais ! moment ! j'vais pas tout déballer comme ça aussi sec... », alors, profitez de ce chapitre, de cette extraordinaire histoire d'amour. Tous les ingrédients de cette subtile alchimie y sont réunis : absolu, sentiments exacerbés, attirance physique, érotisme, romantisme, ...
Nous travaillons dans la même entreprise mais ne nous voyons que très rarement, jusqu'à ce qu'une réorganisation me rapproche à quelques bureaux du sien. Dès lors, nous allons nous croiser plus souvent. Rapidement, je remarque son port altier, sa façon de se mouvoir, d'occuper l'espace qui l'entoure, son visage emprunt d'un beauté si particulière, son air aristocratique. Nos regards vont se croiser plusieurs fois, d'abord légèrement teintés de gêne pour devenir de plus en plus directs et insistants.
Nous ne sommes pas seuls dans nos bureaux respectifs et nous n'avons jamais l'occasion de travailler ensemble. Chaque jour, chacun va alors trouver un prétexte afin de se rendre dans le bureau de l'autre pour pouvoir au moins le voir et échanger quelques mots. Le manège dure ainsi quelques semaines, jusqu'à ce que, par un lumineux jour d'été, elle arrive dans mon bureau vêtue d'un ensemble jaune d'or. J'ai la sensation que le soleil de cette belle journée vient de pénétrer mon espace. Je suis ébloui et ma respiration est littéralement coupée par cette apparition. C'est la révélation !
Je dois la rencontrer, je dois lui parler de l'attirance qu'elle exerce sur moi. Je décide alors de lui écrire un mail pour l'inviter à boire une bière dans un pub. Ma timidité est telle que je suis rouge jusqu'aux oreilles quand je vais rédiger mon invitation et presser le bouton "envoyer". Mon cœur cogne dans ma poitrine et j'ai un creux à l'estomac. Je plonge directement dans une agitation extrême et mes pensées se mettent à jouer du carrousel : va t-elle me trouver ridicule ; va t-elle me rire au nez ; me rejeter sèchement ; comment une telle femme pourrait accepter une rencontre avec moi ?
La réponse se fait attendre, juste ce qu'il faut pour que mon agitation monte d'un cran. Puis, elle arrive enfin : elle accepte. A la lecture de son mail, mon cœur s'emballe et un bonheur serein m'envahit. Nous nous verrons donc juste avant notre départ en congés...
Comme convenu, il a lieu dans un pub. L'endroit est petit, intime, l'atmosphère y est sereine. nous prenons place à une table à l'écart des quelques clients présents ce soir là, en face l'un de l'autre. Aussitôt, une bulle d'intimité se forme autour de nous. Notre discussion débute sur quelques banalités, quelques commentaires sur nos collègues de bureau, sur notre travail puis très vite, nous parlons de nous.
J'habite en Seine et Marne, je suis marié depuis onze ans, avec quatre enfants dont l'ainé, issu d'une première liaison, m'a été laissé par sa mère. Elle m'apprend qu'elle habite dans les Hauts de Seine, qu'elle a un compagnon et un enfant.
Nous plongeons rapidement un peu plus dans l'intimité de l'autre. Je lui explique que cela ne se passe pas très bien avec ma femme, principalement à cause de mon premier enfant. Elle, n'a plus aucune vie amoureuse ni sexuelle depuis bien longtemps. Le père de son fils vit parfois chez elle, parfois à son propre appartement. Il semble l'ignorer totalement.
Nous nous ouvrons l'un à l'autre, nous déchargeant de notre tristesse intérieure. Une heure passe et nous devons nous quitter. J'ai la sensation qu'il ne s'est écoulé qu'un bref instant. J'aurais aimé prolonger cette conversation la nuit durant. Je lui souhaite de bonnes vacances, elle me retourne la politesse. Nous nous faisons la promesse de nous revoir quand nous rentrerons de congés.
Durant les semaines qui vont suivre, je n'ai de cesse que de penser à cette femme. Je pressens fortement que je viens de rencontrer une personne extraordinaire par bien des côtés. Un être qui me correspond aussi bien physiquement qu'à divers niveaux de l'esprit. Il me tarde de la revoir afin d'explorer ces différents paysages pas tout à fait inconnus qui s'offrent à moi.
Les vacances sont terminées. Nous nous voyons de plus en plus au bureau, prenons le café ensemble, retournons au pub à chaque fois cela nous est possible. Nous nous téléphonons systématiquement durant nos trajets respectifs, matin et soir. Nos discussions sont très intimes et très complices, parfois banales souvent enlevées. Quand elle parle, je suis totalement à l'écoute, concentré sur la voix de cette femme, sur sa diction. Je découvre peu à peu son intelligence et je m'en émerveille. J'aime sa façon de s'exprimer, la musicalité et le rythme de ses paroles.
Je cherche à comprendre comment elle peut vivre sans amour, je veux savoir comment le père de son fils peut ignorer cette femme d'une telle beauté et dotée d'un esprit si riche et si complexe. La réponse est toujours la même : « il s'en fiche, il ne me remarque qu'à peine ». Décidément, je ne comprends pas cet hurluberlu qui vit au côté d'un diamant aux multiples facettes sans même sans rendre compte.
Je voudrais la voir un peu plus longuement alors je lui propose de diner un soir au restaurant. Je lui laisse le choix de la date et du lieu.
Le rendez-vous a lieu par une belle soirée de la fin de l'été dans un restaurant chic à Paris. Sur le trajet, j'écoute en boucle une chanson d'Etienne Daho extraite de son album "Corps et Armes" sorti l'année passée. La chanson s'appelle "Ouverture" et je vous livre ici les premiers vers :
Il n'est pas de hasard
Il est des rendez-vous
Pas de coïncidences.
Aller vers son destin,
L'amour au creux des mains
La démarche paisible.
[...] Lire la suite
La démarche paisible… C'est le maitre mot : l'apaisement. Je réalise qu'à chaque fois que je la vois, c'est la première sensation que j'éprouve. Dès que je suis proche d'elle, mes démons intérieurs battent en retraite craignant qu'elle ne les envoie dans le néant d'un simple revers de la main.
Nous arrivons au restaurant qu'elle a choisi. Le cadre est agréable, très typé. Elle prendra du bar accompagné d'un verre de vin blanc en bonne épicurienne qui se respecte. J'ai envie d'une viande rouge et … d'un coca. Nous dînons, discutant encore et toujours. Comme à chaque fois que je suis auprès d'elle, je sens le temps se contracter et j'appréhende déjà le moment où nous allons devoir nous quitter. La fin du repas approche, le temps a passé si vite… Nous sortons et marchons lentement en continuant à parler pour nous rendre à nos voitures.
Il est encore tôt dans la soirée et je lui pose alors la question :
- « Qu'as tu envie de faire maintenant ? »
La réponse fuse immédiatement :
- « Ca ! »
Elle me saisit alors par la nuque et m'embrasse à pleine bouche. Nous sommes en plein milieu d'un terre plein séparant deux chaussées, au vu et au su de tous les badauds qui ne manquent pas de nous jeter des regards amusés.
Son baiser est fougueux, impérieux, farouche, violent et invasif. Il semble durer une éternité. Je me sens pénétré dans ma chair, envahi dans mon corps entier par l'essence de cette femme. Mon esprit s'emballe, un instant je vais paniquer puis je lâche prise et me laisse posséder par ce fluide invisible qui va se fixer pour toujours dans chaque cellule de mon être. Je ne l'oublierai jamais, un baiser à sens unique, une prise de possession totale que je vais accepter, recevoir de tout mon être, de toute mon âme, indélébile et me marquant à jamais. Ce jour là, elle m'insuffla un feu grondant qui ne me quittera jamais, une puissante flamme au fond de moi prête à m'embraser totalement. Quelque temps plus tard, je lui offrirai un parfum : "Le baiser du dragon" de Cartier...
Elle va m'emmener chez elle où nous ferons l'amour. Pour moi, ce sera comme dans un rêve. Je suis présent sans être présent, l'esprit hors de mon corps, presque spectateur, encore paniqué par ce baiser, une partie de moi-même me hurlant que je suis en train de tromper ma femme. J'ai une conscience aiguë de la présence de cette femme nue au corps que je trouve si parfait, si harmonieux. Sous mes mains, sa chair est ferme et sa peau est lisse et soyeuse. Elle est grande, sculpturale, il se dégage d'elle une animalité féline. Ce premier ébat ne durera pas longtemps, peut être à cause de la soudaineté de ce qui vient d'arriver...
Trois longs jours vont alors se passer pendant lesquels je ne vais pas la voir ni lui parler, ne répondant pas à ses messages. Je suis bouleversé par ce qu'il vient d'arriver. Mon esprit bouillonne de pensées contradictoires. Je viens de tromper ma femme et je vais manquer à plusieurs reprises de lui avouer pour mettre un terme à cette histoire. Mais je sais au fond de moi que c'est impossible, que cette femme a pris possession de mon âme et de mon être. Au bout de ces trois jours elle m'obligera à reprendre contact. Elle est en colère, à juste titre. Je crains cette colère tant elle est sincère et justifiée. Je lui ai fait du mal, la laissant trois longs jours dans l'angoisse et l'incompréhension. Je vais lui expliquer mes sentiments et elle me pardonnera.
Plus tard elle m'avouera « Quand je t'ai remarqué, je me suis dit : cet homme là je le veux et l'aurais coûte que coûte ». Cela ne lui aura pris le temps que d'un long baiser...
Pendant deux mois, nous allons nous voir et nous téléphoner assidument. De longues conversations pendant lesquelles nous parlons de banalités, de sujets sérieux, de notre amour, du goût qu'elle a pour les belles choses, de sa passion pour le luxe qui m'amuse, de son art de vivre. Je suis fasciné par cette épicurienne d'un autre temps. Nous discutons aussi de nos penchants pour l'art : elle est peintre, je joue de la musique.
Une ou deux fois par semaine, chaque matin, je me lève tôt, car j'habite loin, pour la rejoindre à son appartement et lui faire l'amour avant que nous partions ensemble au travail. Nos corps s'apprivoisent doucement. Je suis fasciné par l'extrême féminité qu'elle dégage, par sa peau parfaite et si lisse, douce et soyeuse. J'aime à lui donner du plaisir et elle sait le recevoir. Quand nous repartons pour le travail, je m'enivre du parfum laissé par son sexe sur mes doigts. Une odeur de musc, des effluves de métal chauffé à blanc contrastant avec la douceur de l'odeur du miel. Je répugne à me laver les mains de peur que cette odeur ne me quitte.
Le soir, quand nous le pouvons, nous retournons au pub. Nous avons pris l'habitude de nous asseoir sur la banquette, côte à côte, cherchant le contact. Les clients nous jettent souvent des regards bienveillants et légèrement coupables de s'immiscer dans une telle intimité qui se dégage de nous. Comme à chaque fois, nos discussions sont parfois futiles, parfois empruntes d'une grande gravité. Elle sait me rendre heureux. Elle sait me faire rire. Pas de ce rire bruyant et parfois forcé, mais ce rire intérieur, marque d'un vrai amusement d'enfant. Je l'avais perdu il y vingt ans suite à une tragédie et j'avais oublié le bien fou qu'il procure.
Quand nous quittons le pub et avant de nous séparer, nous nous enlaçons et nous embrassons avec fougue et passion. De longues étreintes où nos corps sont irrésistiblement attirés l'un par l'autre par une force invisible. A chaque fois que nous rompons le contact, je ressens presque une douleur comme si une petite partie de moi m'était arraché. Parfois, il nous faut plusieurs tentatives pour pouvoir nous séparer, chacune d'elles se soldant par une nouvelle étreinte encore plus puissante que la précédente. Nous sommes comme deux aimants recouverts de velcro...
Nous avons décidé de passer notre première nuit ensemble. Quand je me rends au rendez-vous, j'écoute en boucle Ouverture. J'ai réservé une chambre pour la nuit dans un hôtel plutôt chic. Je veux une soirée intime, alors je vais faire quelques emplettes afin de satisfaire son goût des bonnes choses : foie gras, vin blanc moelleux, pain de campagne bio, rocamadour et fruits frais de saison.
Sitôt qu'elle me rejoint, nous nous étreignons tout de suite, nos corps et nos esprits tellement en manque l'un de l'autre. Nous faisons l'amour passionnément savourant à l'avance ces quelques heures de pure liberté qui s'annoncent où nous serons enfin seuls au monde et sans contrainte.
Au bout d'une heure, nous nous restaurons un peu pour reprendre quelques forces tout en discutant des choses qui nous tiennent à cœur. Comme toujours, la communion est totale, nos esprits sont connectés, nous sommes ouverts, à l'écoute de l'autre. Nous allons alors refaire l'amour jusqu'à l'épuisement, entrecoupant parfois nos débats de discussions érotiques ou de jeux amoureux. Elle sait s'abandonner au plaisir et j'adore cela.
Quand nous faisons l'amour, j'aime à garder les yeux ouverts et contempler son visage. Le masque que je lui connais dans la vie courante tombe et je peux voir alors son vrai visage, presque enfantin, d'une beauté et d'une pureté irrésistible. Je lui parle pendant l'amour, pour renforcer le contact. Elle aussi s'exprime : gémissements, feulements, mots d'amour. Il est près de cinq heures du matin et nous sommes littéralement épuisés. Je vais alors réaliser ce qui me tenait à cœur depuis si longtemps : dormir aux côtés de cette femme que j'aime si fort.
Je vais rester éveillé collé contre elle, guettant son endormissement, le moment où son corps va se relâcher, où de légers frémissements indiqueront qu'elle est en train de plonger dans un sommeil réparateur. Je vais savourer cet instant pendant de longues minutes avant de m'endormir à mon tour.
Je me réveillerai avant elle afin de la contempler dans son sommeil, de m'imprégner de sa beauté sculpturale, de ses formes généreuses, de son essence tellement féminine. Je vais la sortir de son sommeil par de douces caresses jusqu'à réveiller notre désir. Nous allons refaire l'amour une dernière fois, dans des draps déjà imprégnés de l'odeur insistante et enivrante de nos ébats de la nuit.
Une fois notre besoin d'amour rassasié, elle va passer sous la douche. Je vais l'accompagner et la laver tendrement, consciencieusement, comme une chatte lavant ses petits. Je m'émerveille sans relâche de sa beauté, de son port altier. J'adore la raie de ses fesses avec un petit zigzag dessinant l'initiale de mon prénom. Je vais la sécher puis la contempler quand elle va se passer une lotion sur son corps. Ses gestes sont gracieux, presque aériens et tellement féminins.
Nous prendrons notre petit déjeuner avant de nous quitter. L'inévitable séparation n'est pas douloureuse cette fois. Nous sommes en accord, nous sommes heureux de ces instants passés ensemble, seuls au monde pour quelques heures. Deux êtres illuminés, sereins, en connexion totale entre eux et ce que les croyants nomment Dieu. Agnostique, je préfère écrire "que nous touchions les étoiles main dans la main seuls dans l'univers".
Sur le chemin du retour, je réalise que tout mon être est profondément imprégné de cette femme. Que je l'aime jusqu'à un point dont je ne vois pas la limite. Je pressens déjà que dans un avenir proche, je serai prêt à tout pour elle. Cette emprise m'effraie un peu mais je ne peux lutter. La raison n'a pas sa place ici : j'ai trouvé ma personne, j'ai trouvé mon âme double...
Ma femme et moi devons emmener nos enfants en vacances chez leurs arrière grand-mère dans le Limousin. Nous partons le matin et repartirons le lundi 18.
Ma femme veut être sûre de se réveiller vers 9h00 le lendemain alors je lui prête mon téléphone portable qui dispose d'une fonction réveil. Dans la soirée Triniti m'enverra le message suivant :
« Amour, repose-toi bien à la campagne et reviens moi vite. »
Ca ne loupe pas, le lendemain, ma femme tombera sur le message. J'avouerai directement avoir une liaison depuis maintenant sept mois. Les deux jours qui vont suivre seront particulièrement pénibles car nous ne sommes pas libres d'en discuter devant sa famille... Nous en parlerons une fois à la maison. Le voyage du retour est particulièrement éprouvant. Mais je suis soulagé. Fini les mensonges, fini les prétextes inventés pour voir Triniti, fini de cacher mon amour fou pour cette femme.
Ma thérapeute m'indiquera par la suite que c'est mon inconscient qui a fait que j'ai prêté mon portable à ma femme. Il fallait qu'elle le découvre car je n'avais pas le courage de lui avouer. Personne n'est parfait...
Je suis en vacances en famille depuis le mi-juillet. L'ambiance est lourde, palpable entre ma femme et moi. Nous avons déjà évoqué plusieurs fois notre séparation mais c'est très difficile avec quatre enfants. Aucun ne veut franchir le pas.
Cela fait trois semaines que je n'ai pas vu Triniti et mes pensées sont continuellement tournées vers elle. Trois semaines que je pense à notre avenir. Je dois prendre une décision, une décision grave. D'un côté, la raison qui me dicte de mettre fin à notre liaison et de préserver ma famille. De l'autre cet amour que nous éprouvons l'un pour l'autre.
Ma décision est prise : ce dernier dimanche des vacances marquera ce que j'appelerai par la suite "Le choix de la déraison". Cette date est gravée à jamais dans ma mémoire.
Je vis toujours chez ma femme. Depuis qu'elle a découvert notre liaison, nous faisons lit à part. Je me suis installé à l'étage où j'ai une grande pièce. Une commode, un lit, un bureau, quelques objets personnels, ma guitare. La vie n'est pas rose et les disputes fréquentes. Je lui ai fait part de ma décision de prendre un appartement mais ce n'est pas facile à trouver.
Mes visites matinales chez Triniti se sont légèrement espacées. Bizarrement, elle se sent de plus en plus gênée de m'accueillir chez elle. Pourtant, c'est chez elle, pas chez son compagnon qui a son propre appartement. Plusieurs fois, bien qu'elle m'ait demandé la veille de passer le matin, elle me recevra avec une certaine froideur. Souvent, nous ne ferons pas l'amour nous contentant de discuter en buvant un café.
Nous trouverons quand même quelques jours pour nous retrouver dans un hôtel. Là, nous passerons des moments merveilleux. Faisant l'amour, des séances de massage, du shopping dans le centre commercial non loin de l'hôtel, des ballades dans le parc le jouxtant. Cinq ou six heures de pur bonheur partagé, enfin libre de vivre notre amour. Des minutes si précieuses gravées à jamais dans ma mémoire.
Un midi de ce mois de janvier, nous irons déjeuner à l'extérieur. Elle est tendue, agressive. Elle va alors m'expliquer qu'il faut que je fasse quelque chose car elle a vraiment l'impression que je la prends pour une pute à l'emmener à l'hôtel comme cela. Je suis désemparé, elle sait qu'avec ma femme nous avons pris la décision de nous séparer et que je dois chercher un appartement. Je ne comprends pas sa réaction. J'ai beau lui dire que je vais finir par trouver, qu'après tout, je suis maintenant - presque - dans la même situation qu'elle : je vis avec une femme avec qui je n'ai plus aucun rapport amoureux. Elle vit bien avec un homme qui ne la touche jamais non plus, bien qu'il partage parfois sa couche...
Je vais lui promettre de mettre les bouchées double pour trouver mon appartement. Elle vient de me mettre une grosse pression...
Elle me traite de baltringue régulièrement quand je dis que je vais prendre un appartement. Peut être croit-elle que cela a fini par s'arranger avec ma femme et que l'on peut continuer à se voir comme avant.
Sauf que je viens de trouver l'appartement en question et je lui annonce. Elle est vraiment étonnée que je sois allé au bout. Elle est un peu déçue que cela soit là où j'habite. Je lui explique que nous sommes convenu avec ma femme de procéder comme suit : je quitte la maison avec mon premier fils et on met en place une garde libre pour les trois autres (chacun aura la responsabilité des enfants une semaine sur deux).
Elle semble heureuse mais je sens bien que quelque chose ne va pas : elle n'avait pas pensé aux enfants. Peut être croyait-elle que je prendrais un appartement près du bureau où je vivrais seul, laissant ma famille livrée à elle même. Je n'en suis pas capable.
J'ai quand même démontré que j'avais franchi le pas le premier. La balle était maintenant dans son camp...